L’Algérie a multiplié les mesures pour lutter contre la drogue. La dernière mesure en date est inédite. C’est de doter le pays d’une prison de haute sécurité dans un désert hostile avec des températures qui dépassent les 50° C. Cette prison sera implantée dans le désert de Tanezrouft, l’Alcatraz algérien, distante d’environ 2000 kilomètres de la capitale Alger.
Il s’agit d’une ancienne caserne militaire implantée dans le Tanezrouft, aux confins du Sahara et à proximité du Mali, qui sera transformée en prison de haute sécurité pour accueillir les grands barons de la drogue et les principaux trafiquants de stupéfiants.
La décision a été prise mercredi lors d’une réunion du Haut Conseil de sécurité, présidée par le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune. Dans son communiqué, la présidence algérienne n’a pas précisé la date prévue pour l’ouverture de l’établissement ni les modalités de son fonctionnement.
Une prison dans l’un des endroits les plus hostiles du Sahara
Le choix du Tanezrouft n’est pas anodin. Située dans l’extrême sud-ouest de l’Algérie, à proximité de la frontière malienne, cette immense région désertique est quasi inhabitée et particulièrement difficile d’accès.
Surnommé le « pays de la soif », le Tanezrouft est connu pour ses conditions climatiques extrêmes. En été, les températures peuvent dépasser 50 °C. Cette vaste étendue de reg, qui s’étend sur environ 600 kilomètres du nord au sud et se prolonge jusqu’au Mali, compte parmi les zones les plus inhospitalières du Sahara.
La transformation de cette infrastructure militaire en établissement pénitentiaire de haute sécurité vise ainsi à isoler les détenus considérés comme les plus dangereux, même si les autorités n’ont pas encore détaillé les dispositifs de sécurité qui seront déployés.
Une agence antidrogue sur le modèle de la DEA
Dans le même temps, l’Algérie a annoncé la création d’un organisme sécuritaire spécialisé dans la lutte contre le trafic de stupéfiants.
La future structure devrait s’inspirer d’organismes étrangers, notamment de la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine. Elle aura vocation à renforcer la lutte contre les réseaux de trafic et à améliorer la coordination entre les différents services concernés.
Cette annonce intervient alors que les autorités algériennes multiplient les opérations de lutte contre les stupéfiants et les psychotropes.
Plus de trois millions de toxicomanes recensés en 2024
Selon des données attribuées à l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT), l’Algérie comptait en 2024 plus de trois millions de toxicomanes.
Les saisies réalisées par les services de sécurité témoignent également de l’ampleur du phénomène. Le 21 août, les autorités ont annoncé avoir intercepté plus de 10 millions de capsules de prégabaline ainsi que plus de 33 kilogrammes de cocaïne, une opération présentée comme une saisie record.
Avec près de 46 millions d’habitants et environ 6 400 kilomètres de frontières terrestres, l’Algérie occupe une position géographique stratégique au carrefour de plusieurs routes régionales. Ses frontières avec le Mali, la Libye, le Niger, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie constituent notamment des points de vigilance pour les services de sécurité.
Alger affiche une politique de fermeté
La transformation annoncée de cette caserne militaire en prison de haute sécurité, associée à la création d’un organisme spécialisé, traduit la volonté des autorités algériennes de renforcer leur réponse au narcotrafic.
Reste à savoir comment cette nouvelle structure sera organisée et quelles catégories de détenus y seront effectivement incarcérées. Pour l’heure, le gouvernement n’a fourni aucun calendrier précis concernant la transformation de la caserne du Tanezrouft.
Une chose est certaine : en choisissant l’un des environnements les plus extrêmes du Sahara pour y établir cette future prison, les autorités algériennes envoient un message de fermeté aux réseaux de narcotrafiquants.







