La visite du Pape Léon XIV en Algérie, prévue à partir de ce lundi, constitue un événement « inédit » chargé d’une double portée, à la fois spirituelle et politique. C’est l’analyse défendue par le recteur de la Grande mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz.

Invité ce dimanche de l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, il a souligné le caractère exceptionnel de cette visite de trois jours, organisée à l’invitation du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qu’il qualifie de signal fort sur les plans symbolique et diplomatique.

Selon lui, cette visite s’inscrit dans une continuité historique, puisqu’elle répond également à une volonté exprimée par le Pape François, qui souhaitait auparavant se rendre en Algérie.

Chems-Eddine Hafiz met en avant la profondeur spirituelle du pays, qu’il décrit comme un espace de coexistence religieuse ancré dans son histoire. Il estime que l’accueil du chef de l’Église catholique dans un pays à majorité musulmane illustre la place accordée aux minorités religieuses et la tradition algérienne du dialogue interreligieux.

Au-delà de la dimension religieuse, le recteur insiste également sur l’aspect politique de cet événement, rappelant qu’il intervient après la visite du président Tebboune au Vatican. Pour lui, cette séquence diplomatique traduit une volonté de renforcer les passerelles entre les deux États et les deux institutions religieuses.

L’intervenant a également évoqué une forte dimension africaine, estimant que le choix de l’Algérie pour lancer la tournée du souverain pontife sur le continent n’est pas fortuit. Il voit dans ce geste une reconnaissance du rôle régional du pays, qu’il décrit comme un acteur engagé pour la stabilité et le développement en Afrique.

Sur le plan des réactions internationales, Chems-Eddine Hafiz a indiqué que de nombreux responsables religieux en France ont accueilli cette visite avec émotion et satisfaction. En revanche, certaines figures politiques, notamment issues de l’extrême droite, y voient une démarche controversée, qu’elles interprètent comme un message politique en faveur d’Alger.

Concernant le programme, il a particulièrement insisté sur la portée symbolique des lieux visités, notamment le Sanctuaire du Martyr, haut lieu de mémoire nationale rappelant la lutte du peuple algérien contre la colonisation.

Il s’est également réjoui de la visite prévue à la Grande Mosquée d’Alger, un lieu qu’il présente comme unique au monde islamique par la présence d’un centre consacré au dialogue interreligieux. Le passage du pape dans ce lieu de culte est, selon lui, un geste fort en faveur du rapprochement entre les religions.

Chems-Eddine Hafiz estime que cette visite envoie un message universel : celui de la reconnaissance de l’autre comme « frère en humanité », au-delà des différences religieuses, culturelles ou politiques.