De retour en France, après son voyage de quelques jours en Algérie la semaine dernière, l’ancienne ministre française et présidente de l’association France-Algérie, Ségolène Royal, a appelé le gouvernement français à renouer le plus vite possible avec Alger, en mettant fin à la crise diplomatique.
Après avoir regagné Paris au lendemain d’une visite en Algérie, elle a exhorté ce lundi le président français Emmanuel Macron à faire « un geste de réconciliation et de reconnaissance », estimant que cette démarche est devenue indispensable.
Invitée de l’émission Bonjour ! sur TF1, Ségolène Royal a insisté sur la nécessité de dépasser les blocages actuels, soulignant que cette réconciliation est avant tout « due aux jeunes générations, des deux côtés de la rive ». Pour l’ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2007, l’avenir des relations franco-algériennes ne peut être sacrifié à des considérations politiques à court terme.
Une visite à Alger sous le signe du dialogue
Ségolène Royal s’est rendue à Alger vendredi dernier, un déplacement au cours duquel elle a rencontré le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Elle affirme avoir obtenu, à l’issue de cette visite, le transfert près de la capitale du journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
Jusqu’alors détenu depuis le mois de juin à Tizi-Ouzou, à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger, le journaliste a ainsi été rapproché de la capitale. L’ex-ministre explique s’être rendue en Algérie en tant que présidente de l’Association France-Algérie (AFA), fonction qu’elle occupe depuis décembre dernier.
« Ils sont venus me chercher, je n’ai rien demandé »
Ségolène Royal affirme ne pas être à l’initiative de ce déplacement. « Ils sont venus me chercher, je n’ai rien demandé, parce que je pense qu’ils avaient en effet des difficultés pour agir », a-t-elle déclaré. Selon elle, sa démarche répondait à une volonté de dialogue et d’écoute. « J’y suis allée pour dialoguer, écouter, observer et chercher des solutions d’avenir », a-t-elle expliqué.
L’ancienne ministre a cependant dressé un constat sévère de l’état des relations bilatérales, déplorant que « tout soit rompu » entre la France et l’Algérie. Cette rupture ne concerne pas seulement les relations économiques, mais également les liens diplomatiques et consulaires, dans un contexte de crise qui perdure depuis l’été 2024.
Une histoire commune « douloureuse » toujours non reconnue
Pour Ségolène Royal, cette crise s’inscrit dans une histoire plus profonde. « La France et l’Algérie ont une histoire commune douloureuse, notamment les conséquences dramatiques de la colonisation, qui n’ont jamais été reconnues », a-t-elle rappelé.
Elle a souligné que l’Algérie entretient aujourd’hui de bonnes relations avec de nombreux pays européens. « Tous les pays s’entendent avec l’Algérie, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, et pas la France, alors que c’est nous qui avons l’histoire commune la plus douloureuse mais aussi la plus imprégnante de nos deux communautés », a-t-elle insisté.
« Tous les pays investissent, sauf la France »
L’ex-ministre socialiste a également dénoncé l’attitude de certains responsables politiques français. Selon elle, « beaucoup de responsables français, parce qu’ils exploitent politiquement cette fracture, ne veulent pas comprendre que l’Algérie a beaucoup évolué ».
Elle s’est dite frappée par le paradoxe économique actuel : « Tous les pays sont là pour investir dans ce pays, sauf la France. C’est quand même extravagant », a-t-elle regretté. Estimant que l’Algérie n’est plus considérée comme un enjeu politique rentable en France, elle a ajouté : « Je ne pense pas que ce soit rentable aujourd’hui de s’occuper de l’Algérie. C’est ce qui explique peut-être beaucoup de lâchetés et de silences de la part de la classe politique. »
Les conditions posées par Paris vivement critiquées
Ségolène Royal est également revenue sur les récentes déclarations du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui a conditionné toute visite officielle en Algérie à des « bougés très forts » de la part d’Alger, notamment sur la reprise des reconduites d’Algériens en situation irrégulière et sur la situation de Christophe Gleizes.
« Il faut y aller, c’est évident. Quand on pose des conditions, c’est qu’on ne veut pas y aller », a-t-elle répliqué, assurant que le ministre de l’Intérieur est « attendu » en Algérie et que le dialogue direct reste la seule voie possible.
Un revirement présidentiel vécu comme une « trahison »
Enfin, Ségolène Royal a indiqué avoir sollicité un rendez-vous avec Emmanuel Macron, qu’elle appelle à poser un acte fort de réconciliation. « Les autres pays colonisateurs ont fait cette reconnaissance, ont fait cette demande de pardon », a-t-elle rappelé.
Elle estime que le président français « a complètement changé » de position sur ce dossier et que ce revirement a été « douloureux pour les Algériens, pris comme une trahison, d’une certaine façon ». En guise d’avertissement, l’ex-ministre a conclu : « Un jour, il sera trop tard pour la France pour nouer ces partenariats. »







