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Le procureur général près la Cour de Boumerdès a dévoilé, ce samedi, lors d’une conférence de presse, les résultats de l’enquête préliminaire menée sur le tragique accident de bus survenu le 31 juillet dernier dans la wilaya de Boumerdès. L’enquête a permis de mettre au jour plusieurs éléments, notamment la surcharge du véhicule, une vitesse excessive, des défaillances du système d’assistance au freinage et la consommation de stupéfiants et de substances psychotropes par le chauffeur.

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Le bilan de cet accident particulièrement meurtrier s’élève à 28 décès et 36 blessés. Selon les précisions fournies par le procureur général, 19 blessés ont depuis quitté l’hôpital, tandis que 17 autres personnes sont toujours hospitalisées et bénéficient des soins nécessaires.

Un voyage annoncé sur les réseaux sociaux

Présentant les premiers résultats de l’enquête, le procureur général a expliqué que le voyage touristique avait été annoncé sur une page de réseaux sociaux portant le nom de « AYOUB VOYAGE ». Cette page donnait aux personnes intéressées l’impression que le voyage était organisé par une agence touristique.

Les réservations s’effectuaient par téléphone, à travers les numéros publiés sur la page. Le lieu de départ était ensuite communiqué aux passagers, généralement dans les quartiers où ils résidaient dans la ville d’El Eulma.

Selon les éléments de l’enquête, le chauffeur commençait, dès 3 heures du matin, à passer par les différents points convenus pour récupérer les passagers. Ces derniers avaient préalablement payé le prix du voyage, fixé à 1 400 dinars. Le départ du bus vers Boumerdès avait finalement eu lieu aux alentours de 5 heures du matin.

Le chauffeur avait effectué un autre voyage la veille

Le procureur général a également révélé que le chauffeur du bus s’était rendu à Jijel la veille de l’accident, dans le cadre d’un autre voyage touristique. Il était ensuite revenu à El Eulma avant minuit, soit seulement quelques heures avant le départ du bus à destination de Boumerdès.

L’enquête s’est également intéressée aux conditions d’exploitation du véhicule. Il ressort que le propriétaire du bus, identifié comme Yousfi Abdelrazak, l’utilisait dans le cadre du transport universitaire durant la saison scolaire.

Durant la période estivale, le propriétaire mettait toutefois le bus à disposition, en vertu d’un contrat de vente, de l’agence « Barbar Tour », afin qu’il soit exploité pour l’organisation de voyages touristiques.

Une route en bon état au moment du drame

Concernant les circonstances précises de l’accident, le procureur général a indiqué que le drame s’était produit sur une voie d’évitement à double chaussée reliant la route nationale n°24, au niveau du lieu-dit El Karma, dans la commune de Boumerdès.

Le bus circulait sur une portion de route présentant une pente de 7 %. Cette voie avait été mise en service le 28 août 2025.

Les constatations effectuées sur place n’ont pas fait apparaître de fissures, de nids-de-poule ou d’autres dégradations susceptibles d’expliquer l’accident. Les enquêteurs n’ont pas non plus relevé la présence de sable, d’eau ou d’huile sur la chaussée.

La route disposait par ailleurs de dispositifs de sécurité conformes aux normes, ainsi que de panneaux indiquant une vitesse maximale de 60 km/h et signalant la présence d’une descente.

Au moment de l’accident, les conditions météorologiques et la visibilité étaient jugées bonnes.

64 passagers à bord pour une capacité de 51 personnes

L’expertise technique du bus a apporté plusieurs éléments importants. Selon le procureur général, la validité du contrôle technique du véhicule courait jusqu’au 2 octobre 2029.

Le bus était conçu pour transporter 51 personnes, chauffeur compris. Or, au moment du drame, il transportait 64 personnes, soit un dépassement significatif de sa capacité réglementaire.

L’expertise a également permis de déterminer que le bus roulait à une vitesse particulièrement élevée. Sa vitesse, mesurée juste avant le début de la trajectoire de freinage, à l’entrée du virage, était estimée à 121,63 km/h, alors que la vitesse maximale autorisée sur cette portion était de 60 km/h.

Les systèmes de freinage et de direction examinés

Les enquêteurs ont procédé à un examen approfondi des différents systèmes techniques du véhicule.

L’examen du système de freinage de service et de secours n’a révélé aucune défaillance antérieure à l’accident. De même, aucune anomalie antérieure n’a été constatée au niveau du système de direction.

En revanche, l’expertise du système d’assistance au freinage du moteur, fonctionnant par commande électromagnétique, a révélé des défaillances importantes antérieures à l’accident. Selon les résultats communiqués par le procureur général, l’efficacité de ce dispositif ne dépassait pas 50 %.

L’état des six pneus du bus a également été vérifié. Les constatations effectuées n’ont fait apparaître aucun défaut susceptible d’avoir eu une incidence sur la dynamique ou le déplacement du véhicule.

Le chauffeur conduisait sous l’effet de stupéfiants

L’un des éléments les plus importants révélés par l’enquête concerne le chauffeur du bus, identifié comme Al-Deib Oussama, décédé sur les lieux de l’accident.

Après son transfert à l’hôpital de Boumerdès, une autopsie a été pratiquée par un médecin légiste. Un échantillon biologique a également été prélevé puis transmis à l’Institut national de criminalistique et de criminologie pour analyse.

Les résultats des analyses ont établi que le chauffeur conduisait le bus sous l’effet de différentes catégories de stupéfiants et de substances psychotropes.

Le téléphone du chauffeur au cœur des investigations

Les enquêteurs ont également procédé à une expertise du téléphone portable du chauffeur. Celui-ci contenait deux cartes SIM appartenant à deux opérateurs différents.

L’analyse du téléphone a permis de retrouver notamment un enregistrement audio d’une conversation téléphonique sortante d’une durée de 4 minutes et 12 secondes.

Cet enregistrement, daté du 29 juillet, à 21h48 et 28 secondes, comportait notamment, à sa fin, une phrase évoquant l’utilisation des freins : « Il faut la ménager avec les freins, c’est tout, jusqu’à ce qu’on s’en serve samedi. »

D’autres enregistrements ont également été retrouvés sur le téléphone. Ils contenaient notamment des échanges faisant référence à des comprimés, avec des propos tels que : « Il me faut des comprimés de Rayo… Combien t’en faut ?… Il m’en faut quatre… Combien tu m’as compté ?… 220. »

Ces éléments viennent compléter les résultats de l’enquête préliminaire, qui a permis de mettre en évidence plusieurs facteurs ayant entouré le déplacement du bus et les circonstances de l’accident, alors que les investigations judiciaires se poursuivent pour établir l’ensemble des responsabilités dans cette tragédie ayant coûté la vie à 28 personnes.