Après plusieurs années marquées par des tensions et un gel partiel des mécanismes de coopération, les relations entre l’Algérie et la France semblent s’orienter vers une nouvelle phase de rapprochement, notamment sur des dossiers judiciaires sensibles tels que celui des biens mal acquis et les procédures d’extradition visant d’anciens responsables recherchés par la justice algérienne.
Selon l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, cette dynamique devrait connaître une accélération prochaine à la faveur de la visite du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin. Cette visite est présentée comme une étape importante dans la relance du dialogue institutionnel entre les deux capitales.
S’exprimant à la chaîne de télévision algérienne AL24 News en marge de la Journée internationale du vivre ensemble (célébrée chaque 16 mai), le diplomate français a souligné que les dossiers relatifs aux biens mal acquis, aux extraditions ainsi qu’à la criminalité organisée seront au centre des échanges entre les deux ministres de la Justice, ainsi qu’entre les magistrats spécialisés des deux pays.
« Évidemment, le dossier des biens mal acquis, le dossier des extraditions et le dossier de la criminalité organisée seront au cœur des entretiens entre les deux ministres et entre les magistrats spécialisés », a-t-il déclaré, insistant sur la dimension technique et judiciaire des discussions prévues.
Affichant une volonté désormais assumée de renforcer la coopération avec Alger sur ces questions, M. Romatet a précisé que le ministre français de la Justice se rendra en Algérie accompagné de hauts responsables judiciaires, dont le procureur général financier ainsi que la procureure générale en charge de la criminalité organisée. L’objectif, selon lui, est d’engager des échanges directs de « justice à justice » afin de progresser sur le dossier des biens mal acquis.
Le diplomate a également reconnu la sensibilité particulière de ce dossier pour l’Algérie, affirmant : « C’est un dossier fondamental pour l’Algérie, nous en connaissons la sensibilité. » Il a par ailleurs rappelé que les questions judiciaires entre les deux pays sont nombreuses, complexes et d’une grande importance stratégique.
Selon lui, cette visite s’inscrit dans la volonté exprimée au plus haut niveau de l’État français. Le président Emmanuel Macron aurait ainsi souhaité que le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, se rende rapidement en Algérie, peu de temps après la visite de la ministre déléguée aux Armées, illustrant une intensification du dialogue bilatéral.
« Il vient avec une très importante délégation de magistrats pour avancer. Nous espérons vraiment beaucoup de cette visite », a ajouté l’ambassadeur, mettant en avant les attentes placées dans cette mission.
Au-delà des questions strictement judiciaires, les échanges porteront également sur la lutte contre le narcotrafic, qualifiée de sujet majeur pour les deux pays. Cette problématique, de plus en plus transnationale, figure désormais parmi les priorités communes dans le cadre de la coopération sécuritaire franco-algérienne.
Par ailleurs, Stéphane Romatet a annoncé la reprise immédiate des travaux de la commission mixte des historiens, un mécanisme destiné à traiter les questions mémorielles entre les deux pays, longtemps sources de divergences.
Selon lui, le président français Emmanuel Macron a décidé de relancer, sans délai, cette commission afin de progresser sur le « chantier de la mémoire », un dossier qualifié de central dans les relations bilatérales. Cette initiative s’inscrit dans une volonté de réouverture du dialogue historique entre les deux nations.
Le diplomate a précisé que cette démarche mémorielle implique une confrontation avec les aspects les plus complexes et douloureux de l’histoire commune, évoquant notamment la commémoration de Sétif du 8 mai comme un moment symbolique de cette réflexion historique.
La commission mixte des historiens devra ainsi se pencher sur plusieurs axes de travail, notamment l’accès aux archives, leur numérisation, les programmes d’échange entre chercheurs et historiens, ainsi que la question des restitutions. Ces chantiers seront au cœur des prochaines réunions prévues dans les jours ou semaines à venir.
« Tout ceci est au menu de la prochaine réunion de la Commission mixte des historiens que nous souhaitons qu’elle se tienne dans les quelques jours, sinon dans les quelques semaines à venir », a indiqué M. Romatet.
Évoquant l’évolution globale des relations entre Alger et Paris après une période de fortes tensions diplomatiques, l’ambassadeur a mis en avant la volonté partagée des présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron d’accélérer la reprise du dialogue bilatéral.
Il a souligné l’existence d’un « désir des deux chefs d’État […] d’accélérer la reprise du dialogue, en confiance, en partenariat, et dans le respect entre nos deux pays », se félicitant d’un climat qu’il juge plus propice à la coopération.
Enfin, Stéphane Romatet a salué ce qu’il a qualifié d’« écho extraordinaire » et d’esprit de « concorde » et d’« unité nationale » ayant accompagné la récente visite du pape Léon XIV en Algérie, considérée comme un moment symbolique de rassemblement et d’ouverture.







