L’ancienne ministre française et présidente de l’Association France-Algérie, Ségolène Royal, a accordé une interview à la chaine algérienne AL24 News, diffusée jeudi soir, durant laquelle elle a répondu aux questions sur les relations entre l’Algérie et la France dans les domaines de l’économie, la politique et l’histoire.
Sur le plan économique, Mme Royal a soutenu que l’Algérie d’aujourd’hui n’est plus la même qu’il y a 10 ans. « Parfois, l’image des Français est figée sur l’Algérie d’il y a une dizaine d’années. Maintenant il faut ouvrir les yeux et regarder cette évolution formidable du développement économique. L’Algérie qui était essentiellement un pays importateur est aujourd’hui un pays exportateur qui a multiplié et diversifié ses partenariats et la France est en train de perdre ces opportunités », a-t-elle déclaré.
C’est à la France de faire le premier pas…
Sur le volet de l’histoire, Mme Ségolène Royal a appelé la France a restitué à l’Algérie les biens culturels, les objets de l’émir Abdelkader, le canon d’Alger qui est actuellement à Brest (France), les archives, et les documents scientifiques sur les essais nucléaires.
« C’est à la France de faire le premier pas dans cette restitution », a déclaré l’ancienne ministre, affirmant que « l’Algérie demande la reconnaissance, elle ne demande pas d’excuses, et pour aller jusqu’au bout de ma pensée, moi je trouve que les excuses seraient normales. Donc vous voyez que l’Algérie demande la reconnaissance et ne demande même pas la compensation financière ».
Pour Mme Royal, il faut « relancer la commission mixte pour qu’elle finalise ses travaux, que l’on puisse faire une plateforme commune sur l’histoire de l’Algérie, restituer les biens culturels, les archives, et ensuite on tourne la page et on passe aux partenariats culturels, aux partenariats économiques ».
Toujours dans le volet de l’histoire commune entre les deux pays, Mme Ségolène Royal, a affirmé que « c’est le moment de dire les choses avec humilité, avec simplicité. Que la France reconnaisse ses faits et que, parce qu’il y a eu énormément de souffrance ».
L’Algérie demande la reconnaissance des faits établis pas la repentance
La même oratrice a affirmé que « toutes les douleurs découlent de la colonisation, des abus de la colonisation, c’est le système de colonisation qui est un ensauvagement, comme disait Aimé Césaire. (…) la décolonisation aurait pu être paisible si on avait écouté des gens comme Germaine Tillion, elle aurait pu être pacifique ».
Elle a affirmé que ce que demande l’Algérie « ne s’agit pas de repentance, il s’agit de reconnaissance des faits établis. Ce n’est pas de la repentance, ce mot est affreux ».
« J’ai bon espoir que des hommes et des femmes animés par un humanisme éclairé puissent enfin permettre à la France de bouger dans ce sens », a-t-elle soutenu.
Concernant les essais nucléaires que la France a réalisés dans le Sud de l’Algérie, Mme Royal a indiqué « qu’il faut impérativement sortir les archives, regarder ce qui a été fait, faire des études scientifiques complémentaires, à la fois pour nettoyer le territoire quand c’est possible, pour informer les populations là où il y a des risques et pour indemniser les victimes ».
La France aurait pu choisir une décolonisation intelligente
Mme Royal a déclaré que la France aurait pu choisir une décolonisation intelligente, avec moins de souffrance, et ce n’est pas le choix qui a été fait.
« Et pendant très longtemps, l’Algérie a demandé la cartographie des mines qui ont été déposées le long des frontières, on ne leur a pas donné. Donc il y a des occupants, des paysans qui ont été mutilés parce qu’ils sont sautés sur des mines en faisant du travail de la terre. Mais est-ce que c’est acceptable ? Non, ça ne l’est plus ».
Sur le volet économique, Mme Royal a affirmé que la France est en train de perdre du terrain. « Et ce n’est pas seulement pour la France, mais c’est donc la coopération franco-algérienne qui perd du terrain. Et ça, c’est vraiment extrêmement dommage, ça fait mal au cœur. Et par conséquent, il faut que la question politique au sens noble du terme soit résolue, comme on vient de le voir, pour qu’ensuite les liens économiques puissent se renouer. Parce que l’Algérie avance. L’Algérie a un 4% de taux de croissance. 4% l’année dernière, 3,5%. C’est-à-dire qu’en 3 ans, l’Algérie a eu 11% de croissance, plus que la France. Donc à un moment, il faut quand même regarder les choses en face », a-t-elle soutenu.
Mme Royal a souligné que les entreprises françaises sont frappées par la hausse du coût de l’énergie. C’est un gros problème de rentabilité, ça, pour les entreprises en France. Donc on voit bien qu’il y a des partenariats croisés, intelligents, qu’on pourrait conduire. Mais là, l’Algérie, elle ne va pas attendre. Elle a raison, le monde des affaires algérien, comme ils me l’ont dit, on aimerait tellement faire des coopérations avec la France ».
Doubler l’islamophobie d’une Algérophobie est rentable sur le plan électoral
Mme Royal s’est attaquée à l’extrême droite française qui, selon elle, « invente des ennemis à des électeurs qui n’ont pas forcément l’information. L’ancienne ministre française a affirmé que l’extrême droite en France a besoin de doubler l’islamophobie d’une Algérophobie parce que c’est rentable sur le plan électoral.
« Quand il y a un calcul électoral lié à des prises de position qui sont contraires aux intérêts de la France, parce que ces gens-là prennent des positions contraires aux intérêts de la France. L’intérêt de la France, c’est d’avoir une bonne relation politique et économique avec l’Algérie », a-t-elle ajouté.
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