Rejoindre Rabat depuis l’Inde, uniquement en auto-stop et à vélo, pour soutenir l’équipe nationale algérienne lors de la Coupe d’Afrique des nations 2025 : c’est le défi fou relevé par Mohamed, infirmier de 31 ans. Un voyage de plus de 18.000 kilomètres, marqué par la solidarité, les rencontres et une passion intacte pour les Fennecs.
Tout commence par un voyage en Inde. Mohamed, infirmier de 31 ans installé à Chambéry (Savoie), s’y rend avec son épouse pour découvrir le pays. Un séjour qui, en apparence, n’a rien d’exceptionnel, jusqu’à une rencontre décisive avec un chauffeur de tuk-tuk. « Il racontait qu’il s’était fiancé avec une Marocaine et que son rêve était de rejoindre le Maroc », confie Mohamed. L’idée germe alors : rejoindre Rabat pour le début de la CAN 2025 et soutenir l’Algérie.
Initialement envisagé à deux, le projet se heurte rapidement aux réalités géopolitiques. En raison des tensions entre l’Inde et le Pakistan, son compagnon de route ne peut finalement pas l’accompagner. Mohamed décide alors d’activer un « plan B » : partir seul.
18.200 kilomètres à travers l’Asie et le Moyen-Orient
Le 22 août, Mohamed quitte New Delhi avec un objectif clair : arriver à Rabat avant le 21 décembre. L’auto-stop devient son principal mode de transport. Pakistan, Afghanistan, Ouzbékistan… les kilomètres s’enchaînent et les rencontres aussi. En Afghanistan, l’infirmier va même plus loin : il se porte volontaire pour aider les victimes d’un violent séisme et se rend sur zone à bord d’un hélicoptère de l’armée.
Un premier obstacle survient en Iran, où il ne parvient pas à obtenir de visa. Contraint de modifier son itinéraire, il prend l’avion jusqu’au Koweït avant de reprendre la route en Irak, en Syrie, puis en Turquie. « J’essayais d’être pris par des chauffeurs de poids lourds pour les longues distances. Sinon, des voitures plus petites. Les gens m’invitaient à dormir, à manger… c’était incroyable », raconte-t-il.
Avec un budget quotidien de 5 à 10 euros, Mohamed ne passera que deux nuits en bivouac durant tout son périple. La barrière de la langue ne freine pas les échanges. « Je parlais anglais, sinon avec les gestes et les regards. Même sans parler la même langue, tout le monde peut voyager avec de l’envie et de la volonté de découvrir les autres. »
De l’auto-stop au vélo, jusqu’à Rabat
Sur la route, Mohamed ne manque jamais de préciser son objectif : soutenir l’Algérie à la CAN. « J’ai même parlé de Sofiane Feghouli avec des supporters à Bagdad, puisqu’il joue là-bas désormais », sourit-il.
Mais à partir de la Turquie et de la Grèce, l’auto-stop devient de plus en plus compliqué. Après des heures d’attente sur le bord des routes, Mohamed change de stratégie. De retour à Chambéry, il investit dans un vélo et entame la dernière phase de son aventure.
« Je ne suis pas cycliste à la base », assure-t-il. Pourtant, il pédale entre 13 et 15 heures par jour, avalant 150 à 200 kilomètres quotidiennement, accompagné des podcasts de l’After Foot sur RMC. Hébergé par des proches en France et grâce au couchsurfing en Espagne, il parcourt près de 2.800 kilomètres à vélo.
Le 20 décembre, veille du coup d’envoi de la CAN, Mohamed atteint enfin Rabat. « L’accueil au Maroc a été incroyable. J’avais le drapeau algérien avec moi. Ma femme et des amis m’attendaient, c’était un immense soulagement. »
Une CAN vécue intensément… et déjà de nouveaux rêves
Sur place, Mohamed assiste aux trois matchs de poule des Fennecs. « L’ambiance était de feu, et en plus on fait trois victoires, c’était magnifique », se réjouit-il. Conscient des difficultés à venir dans la phase à élimination directe, il reste confiant : « On a une équipe dynamique, avec un bon mélange d’expérience et de jeunesse. »
À peine la CAN entamée, l’infirmier pense déjà à la suite. « Il y a la Coupe du monde bientôt… peut-être qu’il y a quelque chose à faire. On verra. » Une chose est sûre : après un tel périple, Mohamed n’en est sans doute qu’au début de ses aventures.







